vendredi 14 mars 2008

Saké do Brasil

Il y a cent ans, 781 Japonais posaient pied à Santos. Leurs descendants forment aujourd’hui la première diaspora nippone dans le monde.

Musée historique de l'immigration japonaise au Brésil
Le 18 juin 1908, le Kasato-Maru entrait dans le port de Santos, près de São Paulo, en provenance du port japonais de Kobe après un voyage de cinquante-deux jours. Ce navire-hôpital russe reconverti en paquebot a été affrété par l’Etat nippon : à son bord, 781 immigrants japonais. La presse du temps rend compte de cet événement, en notant qu’ils sont «disciplinés et propres». Ainsi a commencé l’une des plus singulières immigrations qui soit, le pays le plus métissé au monde accueillant le peuple le plus insulaire. Encore aujourd’hui, la communauté nippo-brésilienne est la plus grande diaspora japonaise - devant celle des Etats-Unis - avec plus d’un million de nikkeis.On se prépare au Brésil à célébrer ce centenaire. L’«Année Brésil-Japon» a été lancée par le président Lula le 17 janvier à Brasília. Elle comprendra un festival du film japonais, de nombreuses expositions, l’émission d’une pièce de deux réals, la visite du prince Naruhito - héritier du trône du Japon - et culminera le 18 juin 2008, officiellement désigné comme «Jour de l’immigrant japonais».

Musée historique de l'immigration japonaise au Brésil




Portrait de l’empereur

C’est à São Paulo, ville cosmopolite entre toutes, que se lit le mieux la présence du Japon : 80 % des Nippo-Brésiliens vivent dans cette mégalopole de 11 millions d’habitants ou dans sa région. Dans l’immense parc Ibirapuera s’élève un pavillon japonais construit en 1954 ainsi qu’un monument d’hommage aux pionniers de l’immigration nippone. Dans le quartier de Liberdade, le ton est donné dès la station de métro : une haute vitrine expose chaque jour un bouquet composé dans les règles les plus orthodoxes de l’ikebana (un art japonais de composition florale). Dehors, la foule est essentiellement japonaise. Dans la rue Galvão Bueno, les réverbères sont peints en rouge et portent des luminaires triples en forme de lampions blancs ; des bazars proposent tout ce qui est nécessaire, et le reste. Des vendeurs de pharmacopées ou de pierres semi-précieuses voisinent avec un immeuble de bureaux baptisé Nikkei Building. Un hôpital affiche son nom en portugais et en japonais ; un jardin oriental donne sur l’une des nombreuses autoroutes qui plombent l’atmosphère de la capitale pauliste.
A Liberdade, la Bunkyo (Société brésilienne de culture japonaise et d’assistance sociale) occupe un immeuble de neuf étages qui abrite plusieurs auditoriums, un musée de l’Immigration japonaise et une riche bibliothèque historique. Célia Abe Oi travaille ici. Cette journaliste et historienne de 58 ans a coordonné un monumental Guide de la culture japonaise au Brésil. Née au Brésil, elle est l’aînée de six enfants d’une famille de cultivateurs nippo-brésiliens. Après ses études d’histoire à São Paulo, entre 1968 et 1972, elle travaille vingt ans comme journaliste dans un quotidien en portugais destiné aux Japonais. Observatrice passionnée de cette diaspora complexe, elle l’évoque avec animation et finesse. La première génération des nikkeis pensait, comme tant d’autres migrants avant et après elle, s’enrichir en quelques années et rentrer au pays ; avant 1945, ils se nomment eux-mêmes Zaihaku-Houjin («Japonais vivant au Brésil»).
Poussées à émigrer par un Etat japonais qui leur offre un billet sans retour, dans l’espoir de soulager une économie nationale chancelante, ces familles reçoivent pendant le voyage une formation en portugais. Elles sont également incitées à se convertir au catholicisme, au moins formellement (ce que beaucoup font, tout en conservant l’autel dédié à leurs ancêtres). La plupart trouvent du travail dans les grandes exploitations de café ou de coton ; ceux qui s’installent dans les villes recherchent des métiers nécessitant peu de capital et permettant de faire travailler toute la famille : la blanchisserie et le petit commerce de fruits et légumes à partir d’une exploitation intensive ont longtemps été des professions typiques.
L’épisode le plus dramatique de cette histoire se situe évidemment pendant la Seconde Guerre mondiale : les associations nippones sont interdites, les Nippo-Brésiliens eux-mêmes subissent une certaine discrimination et l’usage du japonais est proscrit. Tout cela provoque une poussée de nationalisme, et l’annonce de la défaite donne lieu à une crise identitaire très forte. Dans une communauté qui fête toujours l’anniversaire de l’empereur, dont le portrait orne chaque foyer, beaucoup refusent purement et simplement de croire à la capitulation : de fortes tensions traversent la diaspora, opposant «défaitistes» et «victoristes». Pour ces derniers, qui sont les plus nombreux, la défaite du Japon est un mensonge des médias étrangers…
Azalées et anis étoilé
Le Brésil ne renoue diplomatiquement avec le Japon qu’en 1952 ; l’immigration reprend et se poursuit jusqu’en 1973. Et c’est à partir des années 50 que les Nippo-Brésiliens admettent implicitement être des Brésiliens à part entière. Ils se désignent désormais par les termes d’isseis («première génération») et de nisseis («deuxième génération»). Depuis se sont ajoutés les sanseis, les yonseis, et ainsi de suite jusqu’à la sixième génération. Après la guerre, cette communauté s’urbanise, comme le reste des Brésiliens. Les enfants des isseis font des études ; et le Japon, entré dans le cercle des pays hautement industrialisés, facilite désormais… l’immigration économique de ces cousins du Brésil au pays natal ! La pratique se maintient jusqu’à nos jours, et l’on voit dans les rues de Liberdade des hommes-sandwichs proposer des emplois dans l’empire du Soleil-Levant. Ces curieux travailleurs immigrés sont actuellement 310 000 au Japon. Pour l’essentiel, ils occupent dans les usines des postes non spécialisés. Bien entendu, beaucoup d’entre eux croient qu’ils reviendront au pays enrichis, un jour prochain. Ils devraient méditer l’exemple de leurs ancêtres : des Japonais ayant émigré au Brésil au XXe siècle, 10 % seulement sont retournés dans leur pays natal.
Peu à peu, la société brésilienne assimile sa composante japonaise, même si, dans un pays où dominent les métissages africano-européens, les Nippo-Brésiliens restent une minorité visible. La proportion des mariages mixtes n’a pas cessé d’augmenter : 61 % des yonseis (la quatrième génération) ont au moins un grand-parent non japonais. Les Nippo-Brésiliens témoignent d’un certain attachement à leur culture d’origine, mais il se manifeste surtout dans la sphère privée : habitudes alimentaires, pratiques cultuelles (à côté des catholiques, on trouve des shintoïstes et des bouddhistes), sociabilité (São Paulo compte plusieurs boîtes de nuit fréquentées principalement par la jeunesse nippo-brésilienne). Pour le reste, les nikkeis sont ici une composante de plus de la société brésilienne, aux côtés de deux autres communautés d’ailleurs plus importantes : les Italiens (6 millions) et les «Arabes» (1 million, essentiellement des Libanais et des Syriens), de sorte que São Paulo est peut-être la seule ville d’Amérique du Sud où on trouve une avenue Nasser et une rue de la Palestine. La contribution des Nippo-Brésiliens à la culture nationale va de l’introduction des azalées, de l’anis étoilé, du kaki et du chou chinois, jusqu’à celle du savoir-faire japonais en matière d’agriculture intensive. Du point de vue culinaire, elle dépasse largement l’importation des sempiternels sushis ; dans le quartier intello de Vila Madalena, on sert d’excellentes pennes alla rigate accompagnés de shiitakés et parfumés au saké.
«Brésilien-brésilien»

Enfin, on ne peut appréhender la réalité d’une diaspora sans évoquer la diversité extrême des trajectoires individuelles. Bianca Yosa a 23 ans ; dès l’âge de 2 ans, on lui a fait suivre les cours d’une école de culture japonaise. Elle a grandi à Mogi das Cruzes, ville moyenne située à une heure de São Paulo. Dans le lycée public qu’elle a fréquenté, une majorité d’enfants de la diaspora. Bianca vient de passer plusieurs mois au Japon, dans la province que ses grands-parents ont quitté dans les années 30. Elevée par une grand-mère qui parle à peine le portugais et qui, jusqu’à aujourd’hui, a maintenu son mode de vie originaire, Bianca est fière de parler un excellent japonais, ce qui est le cas d’une infime minorité de ses semblables. Elle retournera en juin prochain au Japon pour compléter sa formation en marketing ; ensuite, ce sera l’Australie. Elle reconnaît qu’un mariage avec un Japonais, du Brésil ou d’ailleurs, plairait à ses parents et ne lui déplairait pas.
Elen, 35 ans, est elle aussi «retournée» au Japon, mais son histoire est tout autre. Sa mère appartient à la deuxième génération ; de son père inconnu, elle ne sait qu’une chose : il était «brésilien-brésilien». Elen n’a jamais cherché à cultiver sa nipponitude. C’est pour suivre sa mère, remariée, qu’elle s’est installée à Kyoto en 1992, sans savoir parler un mot de japonais. Elle a été caddie dans un club de golf, ouvrière dans une manufacture de couvertures puis chez un fournisseur de ceintures de sécurité, sous-traitant de Mitsubishi. C’est sur les greens, durant son premier jour de travail au Japon, qu’elle a rencontré un golfeur de son âge. Lui parle un anglais basique, elle maîtrise parfaitement cette langue. Au bout d’un an, il la présente très formellement à sa famille : la voilà acceptée. Mais son nouveau statut de compagne officielle fait surgir des tensions culturelles. La jeune Brésilienne n’est pas disposée à jouer le rôle effacé et subalterne que lui assigne la culture japonaise de son compagnon. Enceinte de plusieurs mois, elle revient au Brésil et rompt avec lui. Après une période difficile, le père de son enfant contribue aujourd’hui à son éducation et lui rend visite régulièrement. La petite Suelen possède la double nationalité. Elle a maintenant 12 ans. Elen nous montre sa photographie sur l’écran de son téléphone portable. Le sourire de cette enfant est de ceux dont se nourrissent les romans.
STÉPHANE AUDEGUY
Libération : jeudi 13 mars 2008

dimanche 9 mars 2008

L'Europe de l'Est face à son passé

Archives de l'institut national de la mémoire (IPN) à Varsovie, Pologne
Photo:AP


Quelle attitude adopter face au legs des anciens régimes et en particulier face aux dossiers des services secrets ? Pour les pays ex-communistes d'Europe, il s'agit là d'une question cruciale : les archives doivent-elles rester fermées et tomber dans l'oubli ou doivent-elles être accessibles au public et permettre ainsi le "travail sur le passé".

Dix-neuf ans après l'effondrement du dit bloc de l'Est, les pays concernés ne s'acheminent encore qu'avec lenteur vers un réel travail de mémoire. Dans tous les pays cependant, le débat sociétal est ouvert quant à l'attitude à adopter à l'égard des archives secrètes des anciens régimes communistes.

Alors que la chute du Mur a rapidement déclenché en Allemagne un véritable débat dès le début ou le milieu des années 90, des pays comme la Pologne ou la Tchéquie ont dans un premier temps tiré un trait sur le passé. Les discussions se sont cependant enflammées suite à de spectaculaires accusations ou opérations de démasquage ou bien parce qu'ont été adoptées des lois destinées à réguler le maniement institutionnel des archives secrètes, telle la loi polonaise dite de "lustration", mot dérivé du latin lustratio, purification rituelle – en d'autres termes : "radiographie" ou "examen de société".
Le rôle des médias
D'une part, les dossiers font aujourd'hui la lumière sur les imbrications des citoyens et bien souvent des décideurs politiques actuels dans l'appareil étatique de l'époque. D'autre part, ils ont été aussi pour leurs auteurs un moyen de poursuite. Il en résulte que ces archives ne sont révélatrices que dans la mesure où l'on procède parallèlement à un éclairage des structures qui ont présidé à leur élaboration. De plus, dans bien des cas, ces dossiers sont aujourd'hui incomplets car on a souvent détruit du matériel explosif lors du tournant de 1989.
Les médias ont joué ces dernières années un rôle décisif, mais non sans ambivalence, dans le travail de mémoire relatif au communisme. D'une part ils en furent le moteur par leurs critiques de la mauvaise volonté et leurs démasquages de grandes figures de l'information secrète, dont certains ecclésiastiques, intellectuels et artistes d'importance au regard de l'opinion nationale actuelle. D'autre part, nombre de médias stigmatisèrent sans scrupules les personnes pressenties ou démasquées.
Radiographie de la société
Si la Pologne est à l'origine de la récente polémique autour des archives des services secrets, les débats se sont également étendus aux autres sociétés postcommunistes et ont mobilisé l'opinion publique en Europe de l'Ouest. Début 2007, le PiS, "Parti Droit et Justice" des frères Kaczyński imposait une nouvelle loi de lustration : 700 000 personnes, avant tout journalistes, politiques, intellectuels, avocats et juges, étaient appelées à dévoiler leur passé jusqu'au 15 mars. Toute coopération avec la police secrète polonaise (SB) menaçait les personnes impliquées de licenciement ou d'une réduction drastique de leur retraite.
La première loi de lustration remonte à 1997. À l'époque, 300 000 personnes seulement (députés, ministres, hauts fonctionnaires) avaient été tenues de déclarer par écrit si elles avaient collaboré avec les ex-services secrets communistes, sans pour autant faire l'objet de poursuites judiciaires.
A ce moment-là, l'opinion publique n'y avait porté qu'une attention minime : fin 2004, 17000 victimes seulement avaient demandé à avoir accès aux dossiers gérés par l'Institut de la mémoire nationale (IPN). À titre de comparaison, dans l'Allemagne de l'époque, comme le relate le correspondant de la Pologne Konrad Schuller dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 13 janvier 2007, deux millions de demandes avaient été présentées auprès de l'administration des archives de la Stasi (BStU).
Compromissions d'anciens défenseurs des droits du citoyen
Parce qu'elle poursuivait des objectifs manifestement dénonciateurs, l'offensive du PiS de 2007 fut déclarée anti-constitutionnelle par la Cour constitutionnelle polonaise le 11 mai 2007. Jarosław Kurski, commentant le jugement dans la Gazeta Wyborcza, soulignait que la Cour avait par là défendu l'Etat de droit. Avant ce jugement, la loi de lustration avait déjà fait l'objet de virulentes critiques dans les rangs libéraux hostiles au gouvernement : il s'agissait pour eux d'une arme du PiS destinée à écarter les adversaires importuns.
Un autre exemple est celui de l'eurodéputé libéral Bronisław Geremek, ancien membre de Solidarnosc et ministre des affaires étrangères de la Pologne, qui refusa de fournir plus de renseignements sur sa personne, sur quoi les conservateurs exigèrent son retrait du gouvernement. Geremek avait critiqué la nouvelle loi de lustration dans le quotidien italien Corriere della Sera du 26 avril 2007 en ces termes : "On va vers la fin de la liberté de la presse et de l'autonomie de l'instruction si un ministère de la Vérité peut décider qui est honnête et qui ne l'est pas, qui peut faire une certain travail et qui ne le peut pas".
Dossiers sur Internet
Comment se défendre alors contre un travail sur le passé tel que le conçoivent les frères Kaczyński ? S'agit-il de renoncer pour autant à toute "lustration" ? Adam Michnik, directeur du quotidien Gazeta Wyborcza, a effectué un revirement de position au fur et à mesure des débats. Après s'être opposé avec véhémence à l'ouverture des archives, il déclarait le 14 mai 2007 à la Gazeta Wyborcza : "Nous devons publier les dossiers afin de mettre fin à l'emprise qu'ils ont sur nous."
De même Lech Wałęsa se décida à publier sur Internet son dossier secret, 500 pages sur son propre site. "Je ferme les yeux et offre ces papiers au monde", déclarait-il le 14 juin 2007 dans la Gazeta Wyborcza.
Réactions en Europe de l'Ouest
Déjà alarmés par la politique des frères Kaczyński, les pays occidentaux observèrent avec intérêt les événements polonais et se rangèrent en majorité du côté des détracteurs de la nouvelle loi de lustration. Le cas du parlementaire européen Geremek ou encore le démasquage posthume de la star du journalisme Ryszard Kapuscinski a fait l'objet de critiques et commentaires virulents et parfois sarcastiques en Europe de l'Ouest.
La correspondante en Pologne du quotidien français Libération, Maja Zoltowska, qualifiait la loi de lustration de "purification à la mode varsovienne". Pour sa part, Ulrich M. Schmid de la Neue Zürcher Zeitung défendait en ces termes Ryszard Kapuscinski le 23 mai 2007 : "Newsweek [Polska] s'inscrit dans la tradition aussi longue qu'infructueuse des journaux polonais, qui consiste à confronter les personnes en vue à leur passé communiste. L'excitation ressemble à une tempête dans une goutte d'eau." Le journaliste n'avait fourni que des informations insignifiantes à la police secrète, et ce dans le seul but d'obtenir un visa. Dans El Periódico de Catalunya du 16 mars 2007, il était même question d'une "croisade" au service du PiS.
Réactions dans les pays postcommunistes
Le débat polonais a également été sujet à polémique dans les autres pays est-européens. Les journaux ont saisi cette occasion pour exiger de leurs sociétés qu'elles portent un regard critique sur le passé et sur les vieux réseaux toujours vivants aujourd'hui.
En Roumanie, pour reprendre les paroles du politologue Cristian Pirvulescu dans la Romania Libera du 20 mars, "l'enthousiasme provoqué par la prise de conscience du passé est vite retombé avec l'entrée du pays dans l'UE. La crise politique a fait le reste : pas une réforme morale, pas un scénario politique intégrant la lustration n'ont été menés à bien." En amont de l'adhésion toutefois, une "hystérie dénonciatrice" avait déclenché en 2006 une nouvelle polémique sur le passé de la Securitate, comme le souligne Luca Niculescu dans Libération.
Lorsque l'archevêque polonais Stanislaw Wielgus a démissionné en janvier 2007 suite aux révélations sur sa collaboration avec les services secrets, les médias d'Europe de l'Est ont salué le caractère exemplaire de son comportement. De fait "tous les présidents de la Conférence des évêques de Hongrie et la plupart des évêques ont collaboré avec la sûreté intérieure", avançait Làszló Kasza dans la Népszabadság du 12 juillet 2007. "À la différence des Polonais, ils ne s'expriment pas publiquement sur ce sujet."
La Hongrie également a connu une série de cas spectaculaires. L'hebdomadaire culturel Élet és Irodalom publiait fin janvier 2006 les recherches d'un historien quant au passé du cinéaste István Szabó et dévoilait parallèlement diverses affaires touchant d'autres grands noms du paysage culturel hongrois. Ces initiatives n'aboutirent cependant pas à un travail de mémoire suivi. Le fichier des noms de collaborateurs des services secrets demeure un matériel explosif en Hongrie, lequel, au gré des intérêts politiques, fait ici ou là l'objet de communications aux médias, comme l'évoquait Keno Verseck dans un reportage sur Deutschlanfunk du 6 février 2006.
La peopolisation du problème
Le débat européen sur la loi de lustration polonaise montre de manière exemplaire deux choses : que la confrontation au passé communiste est inéluctable pour les démocraties d'aujourd'hui mais que l'accès aux archives secrètes n'est bénéfique que s'il est encadré, surveillé et avant tout complété par les institutions centrales de la société civile : une presse indépendante, un Parlement légal, un Etat de droit qui fonctionne. Si ce n'est pas le cas, la publication des dossiers secrets ne servira que la "peopolisation" d'un problème sociétal de large portée.

Ines Kappert

Dr. Ines Kappert est éditorialiste à la tageszeitung. Auparavant elle était chargée en priorité des échanges culturels avec l'Europe de l'Est pour la Fondation culturelle ...
Pour beaucoup de pays en Europe Centrale et de l'Est, l'Allemagne est considérée comme un pionnier dans l'analyse du passé communiste. Une mise à jour dont la fin n'est pas encore en vue. Matthias Schlegel dresse un bilan intermédiaire.

Lorsque le 15 janvier 1990, une foule agitée assiège à Lichtenberg, un district de Berlin-Est, le vaste terrain aux bâtiments gris du Ministère haï pour la Sécurité d'État (MfS) et finit par le prendre d'assaut, personne encore n'imagine la portée historique de cet acte.

Reconstruction des dossiers de Stasi déchirés - Photo: AP

Ce lundi-là – et dans quelques villes de district de la RDA quelques jours avant – le peuple connaît une victoire décisive dans la Révolution pacifique et arrache « bouclier et épée » au SED omnipotent. Il prive en même temps de son pouvoir un État dans l'État et écrase l'un des plus grands services secrets du monde - comparé au nombre de la population. Et se trouve confronté à une contre-réalité absurde : à une quantité presque incommensurable de documents, dans lesquels sont consignés méticuleusement autant les méthodes perfides d'un gigantesque système d'observation et d'une répression inhumaine face aux propres citoyens que la vie quotidienne dans une société muselée.
Les débuts de la mise à jour
« Camarades, nous devons tout savoir », martèle à ses collaborateurs le chef de la Stasi, Erich Mielke, qui dirige le Ministère de novembre 1957 à novembre 1989. Et c'est ainsi que la revendication totalitaire du pouvoir par le SED et la Stasi, comme aussi la méfiance fondamentale face à la population, aboutit à une véritable obsession de recueillir des informations. Et il fallut tout d'abord en 1990 des acteurs déterminés et prévoyants de la révolution pacifique pour s'élever contre les voix – venant aussi de la République fédérale – qui voulaient mettre sous scellés, voire même détruire ces « documents diaboliques ». Lorsque l'ancien pasteur de Rostock et défenseur des droits de l'Homme Joachim Gauck commence, en tant que responsable des documents de la Stasi, avec tout un groupe de collaborateurs, à sauvegarder, trier et analyser l'énorme fonds de documents, c'est seulement peu à peu qu'il en prend la véritable dimension.
On sait aujourd'hui que la Stasi nous a laissé 112 kilomètres de documents alignés. A cela viennent s'ajouter 39 millions de cartes de fichiers, du matériau filmé et 15 517 sacs remplis de documents déchirés par la Stasi dans les dernières semaines de son existence. Selon les facteurs de conversion d'archives courants, le fonds de documents représente en tout 158 kilomètres.
Loi sur les documents de la Stasi et consultation des dossiers
Dans les troubles de la révolution pacifique, personne n'aurait pu imaginer que presque deux décennies plus tard, s'occuper des documents de la Stasi serait encore un sujet politique très controversé. La Chambre du peuple, le Parlement élu en mars 1990 pour la première fois démocratiquement et en même temps le dernier de la RDA, avait créé les bases juridiques pour la sauvegarde et l'utilisation de l'héritage de la Stasi par une loi votée presque à l'unanimité en août 1990. Tout d'abord, ces réglementations ne devaient pas figurer dans le Traité d'État. Mais des protestations obligent politiques et défenseurs des droits de l'Homme à insérer un paragraphe dans ce traité, selon lequel une loi spéciale encore à faire doit régler la manière d'aborder les documents de la Stasi. En 1991, cette loi sur les documents de la Stasi qui obéit aux intentions de la Chambre du peuple est votée par le Parlement fédéral.
La loi prévoit d'une part la création d'une administration autonome devant gérer, rendre accessibles et analyser les documents de la Stasi. A ses tâches en outre : informer la population sur la structure et les méthodes de travail des services secrets est-allemands – donc aussi une tâche de recherche et d'éducation. De plus, la loi stipule que toute personne concernée sur laquelle la Stasi avait recueilli des informations peut consulter « son » dossier à l'Administration des documents de la Stasi à Berlin et dans ses 14 antennes extérieures. Presque 2,5 millions de personnes en font usage au cours de ces dix-sept dernières années. L'administration met également des documents à la disposition des journalistes et des scientifiques - depuis 1991, 20 000 demandes de ce genre ont été déposées. Et enfin, la loi fixe que l'administration doit examiner les cas d'ancienne collaboration avec la Stasi dans le personnel du service public. Ce qui a eu lieu ces dix-sept dernières années dans presque 1,8 millions de cas. Entretemps, les dénommées « vérifications de règle » dans le service public sont achevées. Après le dernier renouvellement de la loi sur les documents de la Stasi, un « Stasi-Check » n'est plus prévu que pour un cercle très restreint de personnes occupant des fonctions publiques élevées.
Le fait que cette législation spéciale dans la manière d'aborder les documents de la Stasi ait soulevé bien des polémiques, et en soulève encore, est tout aussi compréhensible qu'utile – cela enrichit l'auto-contrôle de l'État de droit démocratique toujours nécessaire. Il ne s'agit pas seulement dans les débats de définir jusqu'où la législation sur la protection de la personnalité humaine et le droit à l'autodétermination informationnelle doivent être protégés dans l'utilisation des dossiers. La querelle s'enflamme plutôt dès le début sur le fait de savoir si les témoignages écrits d'un appareil répressif comme la Stasi peuvent avoir une quelconque valeur juridique selon les critères d'un État de droit. En d'autres termes : sont-ils vrais en fait, ces dossiers ?
Pas encore de fin de l'analyse en vue ?
Il était clair dès le début que l'Administration sur les documents de la Stasi, comme la loi la constituant, avec ses réglementations spéciales pour l'accès aux documents, n'auraient plus de raison d'être à un moment donné. Les effectifs sont réduits de 3 200 personnes au début des années 90 à 1 900 aujourd'hui, en 2010, on ne comptera plus que 1 600 employés. Mais le législateur n'avait pas fixé le moment de la dissolution définitive de l'Administration. A l'époque déjà et encore aujourd'hui, la plupart des politiques et des experts pensent d'un commun accord que cette date adviendra lorsque l'Administration aura rempli sa tâche. Reste la question de savoir quand viendra ce moment ? Seulement lorsque tous les dossiers seront clos et que le dernier requérant aura obtenu droit de regard ? Cela devrait durer encore un certain temps : actuellement ne sont clos que 87 pour cent de tous les dossiers afférents à des personnes et seulement 44 pour cent de tous les dossiers afférents à des sujets ou des affaires. Mais a-t-on encore besoin d'une administration autonome pour l'analyse et la mise à disposition des documents ? Des archives fédérales ne pourraient-elles pas se charger de ces tâches à moyen terme et les effectuer peut-être même plus efficacement et plus rapidement ? Les années 2011 (lorsque l'Administration aura 20 ans et que le mandat de la directrice actuelle Marianne Birthler aura pris fin), 2015 (comme « perspective à moyen terme ») et 2019 (30 ans après la Révolution pacifique et l'année de la fin du Pacte de solidarité) sont des repères chronologiques évoqués à l'occasion pour ce passage de témoin.
A propos d'un traitement approprié des documents
Le consensus règne dans tous les camps politiques sur le fait qu'à l'avenir aussi, les documents – quel que soit le toit qui les abrite – devraient continuer à être accessibles au public. Mais s'ils tombaient sous l'autorité des archives fédérales, qui gère ses fonds selon le droit des archives fédérales, tout au moins une part des dénommés « dossiers de coupables » serait soumise à des critères d'utilisation beaucoup plus restreints. Et aussi les espoirs de nombreux scientifiques et journalistes seraient anéantis, qui se plaignent déjà actuellement de beaucoup de noircissements dans les dossiers dont ils font la demande : la protection de droits de la personnalité humaine de tiers n'est pas plus généreuse dans le droit général sur les archives que dans la loi sur les documents de la Stasi. Si les documents de la Stasi devaient être accessibles de la même manière que jusqu'ici, un déplacement des fonds dans les archives fédérales n'aurait donc de sens que si les réglementations légales pour leur utilisation continuent en même temps à être appliquées. Mais un droit des archives partagé en deux sous un même toit ? Le législateur devra peser soigneusement sa décision.
Vient s'ajouter à cela une autre circonstance remarquable : si les archives fédérales se chargeaient des documents, on rassemblerait d'une part ce qui va ensemble – le legs de la Stasi viendrait rejoindre les autres documents de l'État du SED qui sont rassemblés à la Fondation Archives des Partis et Organisations de Masse (SAPMO) sous le couvert des archives fédérales. Mais les fonds volumineux qui se trouvent actuellement dans les antennes extérieures de l'Administration des documents de la Stasi dans les anciennes villes de district de la RDA et appelables automatiquement aujourd'hui pour dire ainsi, seraient sans doute répartis sur les archives d'État des laender, échappant ainsi largement à la possibilité d'une recherche centrale.
Premier bilan de l'analyse
Les voix réclamant un transfert rapide des documents dans les archives fédérales s'élèvent toujours haut et fort lorsque l'Administration des documents de la Stasi fait l'objet de la critique publique. Dans les années 2006 et 2007, il y a eu nombres de gros titres négatifs en ce sens. Il s'est avéré que plus de 50 anciens fonctionnaires de la Stasi font encore partie du personnel de l'Administration devant faire la lumière sur les terribles machinations du MfS. La directrice de l'Administration Marianne Birthler a pu arguer du fait qu'elle n'était pas responsable de cette politique du personnel mais qu'à l'époque de la création de l'administration, on a eu recours de manière trop insouciante et pragmatique à des collaborateurs temporaires soi-disant « compétents » qui ont assuré leurs arrières entretemps en matière de droit du travail. L'année passée, l'opinion publique a été massivement irritée du fait que dans une antenne extérieure de l'Administration, le document d'un ordre de tirer est apparu et que l'Administration avait tout d'abord classé comme trouvaille sensationelle. Peu de temps après, elle a dû reconnaître que son existence était connue depuis des années et avait été présentée dans des propres publications correspondantes et même dans l'exposition sur la Stasi à Berlin.
Que ce genre d'incidents entache l'image de l'Administration ne serait pas si terrible si n'était pas discrédité en même temps de manière générale tout le grand chapitre sur la manière de traiter l'héritage de la Stasi. On a souvent critiqué que la vue se concentrait trop sur les services secrets, sur les histoires de surveillance, de répression et de dénonciation par la Stasi. Qui déplore cela devra en même temps convenir du fait que tout au moins sur ce plan, une mise à jour digne de ce nom a été faite. Des prophéties hâtives de chasses aux sorcières et actes de vengeance ne se sont pas accomplies. Au contraire : parce que le traitement s'est fait avec une légimitation démocratique et canalisé par la loi, il a été finalement peu spectaculaire et efficace.
La mise à jour analytique de la Stasi n'a pas enlevé aux gens d'Allemagne de l'Est leur dignité mais la leur a rendu au contraire – parce que les suppositions et les soupçons ont été balayés, laissant place à des certitudes, parfois douloureuses, parfois très banales mais aussi éclairantes. Et aussi parce que les documents de la Stasi constituent eux-même des milliers de preuves sur le refus et la résistance dans une société muselée. Pour la plupart des pays d'Europe centrale et de l'Est, et d'autres États qu'un régime dictatorial a ébranlés, la mise à jour de l'héritage des services secrets de la RDA peut être tout à fait exemplaire. S'il s'agit effectivement d'une histoire réussie, c'est ce dont l'Histoire elle-même décidera.

Matthias Schlegel



Matthias Schlegel est rédacteur à la rédaction politique du journal berlinois « Tagesspiegel ». Ses domaines spécialisés sont les nouveaux laender fédéraux et le passé ...

Une analyse du passé qui traîne en longueur


Nicolae Ceauşescu, Photo: AP


En 2006, une commission a commencé pour la première fois à travailler sur la mise à jour et l'analyse du passé communiste en Roumanie. Mais déjà en Janvier 2008 la cour constitutionnelle roumaine a décidé que la manière de traiter les documents de la Securitate n'est pas conforme à la Constitution.
2008 est une année d'élection en Roumanie. En novembre sont prévues des élections parlementaires ; il est « à nouveau temps d'aller remuer les ordures et certains vont prendre peur », a déclaré récemment le renommé écrivain roumain Mircea Dinescu, qui fait partie depuis des années du Comité directeur du Conseil national d'étude des archives de la Securitate, le CNSAS (Consiliul Naţional pentru Studierea Arhivelor Securităţii).

Reste à savoir si cela va se réaliser. Fin janvier, la cour constitutionnelle roumaine a décidé que la loi qui règlemente le travail du CNSAS depuis 1999 est en partie contraire à la Constitution. La cour a ainsi reconnu comme justifiée la plainte de l'homme politique et homme d'affaires Dan Voiculescu que le Conseil avait démasqué en 2006 – peu avant sa nomination à la fonction de vice Premier ministre – comme espion de la Securitate et fournisseur en devises de l'ancien dictateur Nicolae Ceaucescu.
Le Parlement roumain a maintenant jusqu'à la mi-mars le temps de modifier en conséquence la loi sur le traitement des archives. Si cela ne se fait pas, le CNSAS sera dissoût et tous les cas qu'il a dévoilés seront annulés. Ce serait la fin d'une confrontation avec les lourds crimes de la Securitate, les redoutés services secrets roumains. Pour Mircea Dinescu, cela est inimaginable. Il espère que « les citoyens vont manifester leur opposition dans la rue ».
La nomenklatura empêche le travail d'analyse
Mais le CNSAS n'a jamais vraiment pu s'établir en institution influente depuis sa création en 1999. Jusqu'ici, il n'a pu remuer qu'avec des pincettes le « panier de crabes » dont parle Mircea. Il y a beaucoup de raisons à cela. Tandis qu'en RDA, les défenseurs des droits de l'Homme ont mis les archives de la Stasi en sécurité, on ne savait pas dans les journées de la Révolution de 1989 en Roumanie où se trouvaient les archives de la Securitate, dit Ticu Dumitrescu, chef de l'Union des anciens prisonniers politiques en Roumanie et l'un des pionniers de la loi sur l'étude des archives. La nomenklatura qui a pris le pouvoir politique en Roumanie tout de suite après le changement « a par contre pu tranquillement mettre ses ouailles à l'abri », selon Dumitrescu. Les scandales sur le lieu de séjour des archives ne manquent pas. Ainsi en 1991, des journalistes ont trouvé dans un ravin de la commune de Berevoişti (près de Bucarest) des tonnes d'archives de la Securitate que les services secrets avaient soi enterrées, soi brûlées. Un seul mot du Parlement ou du gouvernement aurait suffi au début des années 90 pour pouvoir conserver les archives de la Securitate en l'état le plus original possible, archives qui comptaient deux millions de documents. La nomenklatura politique n'avait pas intérêt à une mise à jour – le matériau de leur propre passé aurait bien trop été accusateur. Pendant une décennie, la proposition du défenseur des droits de l'Homme Ticu Dumitrescu pour l'étude des archives des services secrets fut discutée et très diluée. En 1999 seulement, la Roumanie a été le dernier pays est-européen à réglementer la consultation des archives, créant le Conseil national d'étude CNSAS qui devait fonctionner sur le modèle de l'Administration allemande s'occupant des archives de la Stasi. La réalité est différente.
Dès le départ, le Conseil a dû se défendre contre les dénonciations. L'ancien Premier ministre social-démocrate Adrian Nastase qualifia le CNSAS de « lécheur de documents » et une institution qui « ouvre des tombes ». Des attaques vinrent aussi du côté de l'église roumaine-orthodoxe qui refuse jusqu'à aujourd'hui que le Conseil étudie les dossiers de représentants de l'église ayant étroitement collaboré avec les services secrets sous le régime communiste. Mais la plus grande farce sont restées les archives qui eurent le droit d'être gérées pendant des années non pas par le CNSAS mais par les services secrets de l'Intérieur – l'organisation ayant succédé à la Securitate. C'est seulement sous la pression de l'entrée dans l'UE que le Conseil est devenu propriétaire des archives. Lorsque les services secrets de l'Intérieur SRI (Serviciul Romăn de Informaţii) annoncèrent en 2006 avoir remis tous les dossiers, la nouvelle sembla décourageante : le service de renseignement avait eu le temps pendant 16 ans de classer les dossiers à son gré. Et les documents les plus intéressants ont certainement dû disparaître.
Le retardement pendant des années de l'étude des archives est une pure dérision pour les victimes de la Securitate. Leur nombre est estimé à un million de personnes. Parmi elles, par exemple, la renommée écrivain germano-roumaine Herta Müller qui a été poursuivie par la Securitate en raison de ses livres critiquant le système. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a pas pu consulter ses dossiers, du CNSAS elle n'a obtenu que quelques feuillets disparates que Müller qualifie de « bric-à-brac de détritus qui offense mon bon sens ».
Les hommes politiques n'ont aucune raison d'avoir peur des archives
Au moment de la Révolution, la Securitate créée en 1948 comptait 15 000 employés. On ignore jusqu'à aujourd'hui combien d'espions travaillait pour elle. Jusqu'à un million, estiment les experts. N'a été démasqué jusqu'à présent qu'un petit nombre de quelques centaines d'officiers et d'informateurs. Dans des cas particuliers, des officiers de la Securitate ont dû passer en justice pour leurs actes de répression. Mais la majorité s'en est bien sortie : les agents de renseignements ont continué d'exercer leurs fonctions dans les nouveaux services secrets de l'Intérieur, ont mis à profit d'anciens réseaux pour créer des sociétés économiques ou perçoivent aujourd'hui sept fois plus que la retraite roumaine moyenne. Ceux qui sont entrés en politique après la Révolution n'ont manifestement pas de raisons de craindre une mise à jour. Selon la loi, le président de l'État, les ministres, les députés, les maires doivent déclarer avant les élections s'ils ont espionné pour la Securitate. Mais jusqu'à présent, aucun homme politique n'a été condamné pour faux témoignage sur son propre passé. Les experts supposent que l'on pourrait prouver qu'un quart des députés roumains a exercé une activité pour la Securitate mais les dossiers correspondants manquent. Le nombre est effrayant si l'on pense qu'ils décident de l'avenir démocratique de la Roumanie. « La tragédie est », dit Ticu Dumitrescu, qui était en détention politique avant la Révolution, « que les bourreaux d'hier sont à nouveau nos juges aujourd'hui. » A cela vient s'ajouter le fait que seules les victimes de la Securitate se plaignent de la lenteur de la mise à jour, la majorité des Roumains a d'autres soucis : survivre ou faire carrière.
Gel de la loi de lustration
Aujourd'hui encore, le président de l'État Traian Basescu se vante de son passé. « J'étais un fidèle serviteur de mon pays », dit l'ancien capitaine sur sa position de représentant de la Société roumaine de navigation commerciale à Anvers qu'il possédait à la fin des années 80, et dont on dit qu'elle doit aussi avoir eu des contacts avec la Securitate. Pas de preuves jusqu'ici ; au contraire, Basescu se pose en pionnier de la mise à jour et de l'analyse. Sous la pression de défenseurs des droits de l'Homme, le chef de l'État a ordonné en 2006 une commission d'experts pour l'étude du passé communiste sous la conduite du politologue Vladimir Tismaneanu. En quelques mois, le comité a établi le portrait jusqu'ici le plus détaillé et le plus étendu du communisme roumain, sur la base duquel le chef de l'État roumain a pu condamner le régime communiste comme illégitime et criminel. L'entrée en scène de Basescu devant le Parlement était aussi un symbole fort vu le moment choisi – fin 2006 et peu avant l'entrée de la Roumanie dans l'UE – mais malheureusement pas plus que cela. L'une des requêtes centrales de la commission d'experts – une loi de lustration – est discutée sans succès depuis des années au Parlement. Elle doit interdire toute fonction politique pour plusieurs années à des décideurs de l'ancien Parti communiste roumain (RKP). La loi de lustration pourrait aussi faire avancer l'étude de l'appareil répressif des services de renseignements et dévoiler les décideurs. Ainsi, au niveau local, les secrétaires du Parti faisait savoir à la Securitate qui elle devait observer ou arrêter. L'historien Stejarel Olaru, qui a fait des recherches sur la Securitate et est aujourd'hui conseiller en matière de sécurité au gouvernement ne croit pas qu'une loi de lustration soit jamais votée en Roumanie. « Il est d'autant plus important que le CNSAS traite les archives, afin qu'au moins une partie des répressions sous le régime communiste soit punie. »

Annett Müller


Annett Müller travaille à Bucarest et Leipzig comme journaliste indépendante pour ARD, n-ost et eurotopics. Elle a fait des études de journalisme et de psychologie ...

This Ho Chi Minh Trail Ends at the 18th Hole


By DAMIEN CAVE
The NYT : March 9, 2008

Capitalist R & R has returned to the Dalat Palace Golf Club,
in a city that was peaceful even during the Vietnam War.

Josef Polleross for The New York Times


IT felt a little odd, even a touch irreverent, swinging a Callaway driver in the land of “Apocalypse Now,” Khe Sahn and Ho Chi Minh. And yet there I stood on a carpet of manicured grass outside Hanoi, looking toward a small flag in the distance.
My wife, Diana, and I needed a break from the traffic-choked cities of Vietnam, where we were spending a few days last October, and so we had booked a round of golf with a tour company and hopped into the back of an S.U.V. with a driver partial to symphonies. With soaring violins to soothe us, we drove from the capital’s cacophonous streets to its outskirts, where Vietnam’s rural past and booming present stand side by side.
First, we saw a towering glass apartment complex shadowing a field of grazing cows; then a factory belching smoke over neighboring rice fields; and, finally, Kings’ Island Golf Club — northern Vietnam’s first course, opened in 1993, when the country began to trade communism for managed capitalism.
The club’s 36 holes are wonderfully remote, accessible only by a boat ride from the club’s main parking lot. Surrounded by misty mountains with poetic names, the area felt at times like a Buddhist retreat.
Until, that is, we reached the clubhouse, which was painted peach. Not just any peach — the peach usually reserved for posters of Florida. A “monster burger” also stared up at us from the lunch menu, and our caddy, though she wore a classic Vietnamese cone-shaped hat, seemed perfectly trained in the English of American duffers.
When my drive sliced right over the trees, she said “sit, sit” — a phrase that became far too familiar during our time together. Or my favorite, when the ball splashed into the water: “What-a-pity.”
We visited three golf courses in Vietnam on this trip, and at each we found varying degrees of the same American-Vietnamese mix. Perhaps we shouldn’t have been surprised. Golf there has always been an import.
The French built a handful of small courses in the 1920s and 1930s for colonial leaders near Saigon. Only a portion of the Vietnamese elite followed their lead — none perhaps more than the Francophile emperor Bao Dai, who famously picked up the game while studying in France. So much did he love the game (and his French patrons) that he even built a small eight-hole course in Da Lat, a mountain retreat favored for its temperate weather.
And when the Americans arrived a few decades later, this was where they often played. Da Lat was the Switzerland of the war; it mostly remained peaceful because of an agreement among the warring sides to set the area aside for rest and relaxation.
Perhaps as a result, many Vietnamese came to see golf as a mark of imperialism, a pastime of the idle or exploitive rich. Ho Chi Minh was reportedly not a fan. Indeed, when the last American officials left in 1975, his followers — Vietnam’s victorious Communists — effectively banned the sport, making it clear that such bourgeois pursuits were no longer acceptable. Golf essentially disappeared. Weeds grew over holes. Nine irons rusted.
It took the collapse of the Soviet Union to revive the game. As the country opened to international commerce in the early 90s, a trickle of foreign businessmen began flowing into Ho Chi Minh City and Hanoi. Demand for the links came with them, leading to the reopening of a few old courses and the construction of new ones. But Vietnam was still a long way from becoming a golf destination on par with Indonesia or other Pacific countries where the game had taken off.
Part of the problem was infrastructure. Arrivals to the nascent golf scene recall flying to places like Da Lat on old Russian Yak-40s or driving on roads with potholes the size of coffins.
Then, just as improvements were beginning to appear, the Asian financial crisis hit.
“For a while, there were a lot of going-away parties,” said Jeff Puchalski, a former golf pro at Wilshire Country Club in Los Angeles, who has been managing golf courses in Vietnam for more than a decade.
Eventually though, he said, golf seemed to reach critical mass. Nick Faldo visited and in 2001 Congress ratified the U.S.-Vietnam Bilateral Trade Agreement, normalizing relations with its former enemy. And while the SARS outbreak in Asia in 2003 once again threw the golf industry for a loop, this time it recovered and kept growing.
Today, there are at least a dozen clubs or courses and as many as 30 more are being planned or built, according to the country’s newly formed golf association.
And once again, foreigners are heavily involved. Most golf in Vietnam is played by visitors from Japan, South Korea, Australia and, increasingly, the United States. Many Americans have also assumed the role of investors and managers.
The Dalat Palace Golf Club, Vietnam’s oldest and best-known course, reopened in 1994 with a sizable infusion of money from Larry Hillblom, a founder of DHL (the “H” is for Hillblom). Mr. Hillblom, who was killed in a plane crash in 1995, also built an 18-hole course along the coast, Ocean Dunes.
Both courses are now managed by Mr. Puchalski. Like the other Americans running courses whom we spoke to, he told us that Americans were in demand because they brought expertise unavailable within Vietnam. The result is a form of golf that’s both familiar and foreign.
In Da Lat, it was easy to understand what caught Mr. Hillblom’s eye. The Dalat Palace course sits in the center of the small, old city, which at 5,000 feet above sea level has temperate weather year round and views on some days all the way to the coast.
We arrived during the rainy season, so the course was particularly green, squishy and empty. On our first day, we appeared around 10 a.m. at the clubhouse, an old stone mansion that looks straight out of “The Great Gatsby.” After paying ($75 for 18 holes on weekends, the rate for guests at the Sofitel or Novitel hotels there, plus $25 for clubs and $10 for shoes), we asked the only other golfer in sight to join us: Mr. Kagawa, 70, a retired Exxon executive from Tokyo who was also playing in Vietnam for the first time.
The first hole was a par 3, with a soft downward slope, which gave us a little extra distance on shots otherwise hindered by the wet conditions. We all finished relatively proud, with bogeys.
As we moved along, the course became more and more intricate, even whimsical. The third hole, for example, was a sharp dogleg right, with the pin in a small valley about 100 yards below where the fairway turned. It was clearly meant to be a surprise, and a challenge. Without a soft approach shot, the ball would end up in the lake behind the green.
Mr. Kagawa was impressed. “Very beautiful,” he said.
As we walked to the next hole, I asked him to compare Dalat Palace to other courses in Asia and the United States. “The courses here, and in Japan too, they are more like gardens,” he said.
At the Dalat Palace, there was clearly a deep appreciation for flowers. Behind many holes, volleyball-sized peonies stood three feet high; red flowers as bright as chili peppers and luxurious multiflower displays dotted the course. The grass, because of the rain, was not in perfect shape, but that could be excused.
The course had once been among Vietnam’s most popular, and during the war, American officials relished time in Da Lat. Today, signs of a more contemporary American presence are confined to the golf shirts and umbrellas for sale at the clubhouse, with words and prices in English, and the menu, which included American bar food alongside local favorites like pho, the traditional beef noodle soup.
The main hotel attached to the course, the Sofitel Dalat Palace, seemed to be aiming for a romanticized version of a French colony in the 1920s. Our room had a claw-foot tub. The main restaurant was French, and a constant stream of jazz poured into the lobby.
The building is in fact a refurbished palace of Bao Dai’s, with stunning views over the lake that abuts the golf course. But the wide hallways, cavernous lobby and quiet staff outfitted like French maids added an air of formality. It was the kind of place where whispering seemed most appropriate.
We preferred Larry’s Bar in the basement, named after Mr. Hillblom, because it was far less stuffy, featuring a pool table, a simpler menu and enough stone and wood for an Alpine ski lodge.
Ocean Dunes, by contrast, felt far more Floridian. Squeezed between the South China Sea and the largely unimpressive southern city of Phan Thiet, a slow, four-hour drive from Ho Chi Minh City, Ocean Dunes is essentially a renovated 1980s Russian beach hotel with a golf course out back. Tiger Woods’s father, Earl, was stationed in the area during one of his two tours in Vietnam, and he called his son Tiger after a close Vietnamese friend from the area.
When we were there, most of the guests were Australian retirees on a group tour. There were also quite a few families.
The 18-hole course was designed by Nick Faldo, and it held a few surprises. The ninth hole is downright gorgeous. I don’t even remember what I shot (must not have been a birdie) because it didn’t matter. Rated one of the 500 best holes in the world by Golf Magazine in 2000, this par 3 is a narrow corridor of palm trees ending on a green with stunning views of the water.
Unfortunately, the rest was far more ordinary, dominated by predictable fairways and average greens. For about $250, we got two nights’ lodging, club rental and one round on a ho-hum course with only a handful of ocean views and sightlines dominated mainly by a large red and white cellphone tower nearby. The noises of modern Vietnam also repeatedly intruded: horns from motorbikes and trucks, dogs barking and children playing.
On the fifth and seventh holes, I could see what appeared to be the local Communist Party building on the course’s edge, marked by a gold star surrounded by red.
I wondered what the Vietnamese today thought of all this leisure. Our caddies demurred, responding to my questions with giggles and a shrug. So I asked Mr. Puchalski.
As a bunch of Australians gathered over a barbecue nearby, he told me that teaching the Vietnamese about golf has been perhaps the industry’s greatest challenge. The Vietnamese, he said, are still getting used to the idea of conspicuous consumption.
“Ten years ago, no one knew what golf was,” Mr. Puchalski said. “Ten years ago, you’d be arrested for talking about your money.”
LIKE other American golf industry veterans in Vietnam, Mr. Puchalski has done his best to bring the game and Vietnam together. Several years ago, Dalat Palace and Ocean Dunes began giving free lessons and rounds to dozens of Communist Party officials at the provincial level. In 1997, Mr. Puchalski even put on a golf clinic at Da Lat, paying to bring senior leaders from Hanoi.
As a result, the government seems to have developed a greater appreciation for the game. Mr. Puchalski said that many leaders now play regularly.
Last year, officials also agreed to let a group of Americans associated with Mr. Puchalski begin using the name of their supreme leader to market a Ho Chi Minh Golf Trail. Since the name can only be used on products or services that benefit the Vietnamese people, it was essentially a high-profile vote of approval.
Interest in the game has also spread to the nouveau riche of Vietnam. Several caddies told me that they sometimes work for Vietnamese barons and officials who bet hundreds of dollars on each round and become furious when they lose.
Mr. Puchalski acknowledged that betting was a common problem. He said he did his best to discourage it, and that it was just one of many things he has had to impart to first-time students of the game. Other unofficial lessons have included: why you shouldn’t laugh when someone slices into the rough; the value of silence while putting; and the nature of tipping.
At Kings’ Island, outside Hanoi, our caddies seemed to have learned all they needed to know. Diana and I played nine holes on the Lakeview course and nine on the Mountainview course with our caddies, Nguyen Thi Tuyet and Le Thi Lien. Petite women under 35 who grew up nearby and spoke a diligent brand of overarticulated English, they managed to repeatedly save us from ourselves. On every hole, they gave us a summary of what to watch out for and where to aim.
Each Kings’ Island course held subtle differences. Mountainview was more open, allowing for more mistakes with overlapping fairways, fewer trees and less water. Lakeview was shorter and required more accuracy. The greens were smaller, the rough a little thicker.
Compared with Dalat Palace, the landscape of Kings’ Island seemed less exotic but more natural. There were fewer designed flower beds but more trees, including Vietnamese birches that stood like sentinels, and what our caddies called “tram trees” of medium height, with bursts of scented yellow flowers.
For most of our round, we could soak in the scenery without rushing. Only once did we see another group of golfers, an invigorating reminder of golf’s origins as a battle between man and nature.
On the seventh hole of the Lakeview course, a 340-yard par 4 with a ribbon of a fairway, my caddy, Ms. Thi Tuyet, pointed to a pair of mountains side by side in the distance, shrouded in haze. She explained that the peaks had always offered solace to people in the area because one represented a woman, the other a man.
Minutes later, a small military plane flew overhead. Ms. Thi Tuyet said that during the war, the area had been bombed heavily by the Americans, who sought to knock out several North Vietnamese military bases nearby. The American campaign had killed many people, but Ms. Thi Tuyet was too young to remember that time. And like so many Vietnamese, she didn’t seem particularly interested in our questions about that period.
After all, it was time to move on. It was time to play another hole.
“The golf course,” she said, laughing at her silly American customers. “Very safe.”
RECULTIVATING GREEN SWATHS OF A COLONIAL PAST
GETTING THERE
Visas are required of all American citizens to enter Vietnam and can be ordered by mail or in person at the Vietnamese Embassy in Washington (1233 20th Street NW, Suite 400; 202-861-0737 or 202-861-0694; http://www.vietnamembassy-usa.org/). A one-month single-entry visa costs $65, or $85 for expedited service. Vietnamese embassies in Asia work faster and cheaper, and many tourist hotels in Siem Reap, Cambodia, secure visas in a day or two for about $75.
Several companies like TraveltoVietnam.com (in Ho Chi Minh City) also offer visa processing that takes from one ($38) to three days ($28). You then collect your visa in Vietnam at the immigration desk at the airport, for an additional charge of $25.
There are no direct flights to Vietnam from the United States. Most visitors fly to Hanoi on Vietnam Airlines (http://www.vietnamairlines.com/) from Hong Kong, Siem Reap, Seoul, Tokyo or Bangkok. A recent Web search for flights from New York in early April yielded round trips with one stop each way from $1,411 on Vietnam Airlines and $1,413 on Delta.
The Vietnamese currency is the dong. The exchange rate in late February was about 16,400 dong to the dollar, but most transactions in Vietnam can be conducted in dollars. United States-based credit cards are accepted at almost all hotels and restaurants. A.T.M.’s are also easy to find.
GETTING A TEE TIME
Package tours that include rounds at several courses and lodging at some of Vietnam’s best hotels can be arranged through the Ho Chi Minh Golf Trail (http://www.hochiminhgolftrail.com/; 84-54-931-090). Prices vary depending on courses and hotels.
Individually, a round of 18 holes at a course in Vietnam will cost about $65 to $75 for those who stay with partnered hotels and $85 to $100 for those who stay elsewhere. Most clubs rent clubs and shoes. Caddies cost about $15 plus a tip.
WHERE TO STAY
In Hanoi, the Sofitel Metropole Hanoi (15 Ngo Quyen Street; 84-4-826-6919; http://www.sofitel.com/) is an Old World oasis amid the bustle of North Vietnam’s largest city. This landmark hotel features wooden ceiling fans, marble floors in the lobby and 363 rooms that combine flat-screen TVs with artistic antique décor. The interior garden has a pool bordered by lounge chairs — each adorned with a conical hat to shield sunbathers — and a bar where Champagne tastings are common. There are two restaurants (one French, one Vietnamese) and a health club on the property. When we visited, work on rooms in the newer Opera wing was still going on; it is supposed to be finished in the next few weeks. A double starts at $259 in the Opera wing, and $289 a night in the historic wing.
The Sofitel Dalat Palace (12 Tran Phu Street, Da Lat; 84-63-825-444; www.sofitel.com) is a majestic, Jazz Age, 43-room hotel with sweeping corridors, a grand French restaurant, and a cozy bar with pool tables in the basement. The rooms are lavish with high ceilings, wood shutters and claw-foot tubs. Doubles from $201.
WHERE TO EAT
Green Tangerine (48 Hang Be, Hanoi; 84-4-825-1286) offers a menu of innovative and delicious French and Asian fare. Set back from the busy streets in a restored 1928 colonial home in the Old Quarter, Green Tangerine is a great spot for lunch or a drink. The desserts — especially the banana spring rolls — make it worth seeking out. Lunch with drinks, about $40.
Club Opera (59 Ly Thai To Street, Hanoi; 84-4-824-6950) is housed in a grand villa across the street from the Metropole. Decorated with bright paint and silks, this elegant restaurant serves well-prepared Thai and Vietnamese dishes, focusing on seafood. Dinner for two with wine, $70.
At the golf courses we visited, the food was typical counter fare of both the United States and Vietnam. Burgers and Vietnamese staples like pho could be had for about $5.
DAMIEN CAVE, who just completed an 18-month assignment in Baghdad, is chief of the Miami bureau of The Times.

Vietnam Culture by the Glass


By NEIL SAMSON KATZ
The NYT : March 9, 2008


Many people go to Vietnam for the food, for the beaches, for the history. My wife and I went there to drink.

Hanoi's Highway 4, part of a chain that brews
more than 20 unique Vietnamese liqueurs.

It was that liquid pilgrimage that found us rumbling down a windy dirt road in Vietnam’s northern mountains on a crystal January day. Our target, Vietnam’s homemade rice wines and Sa Pa, a stunning mountain town less than 200 miles northwest of Hanoi, near Lao Cai. Once a 19th-century retreat for the French elite, today it is home to mostly ethnic minorities like the colorful Black Hmong and Red Dzao, who have been making rice wine in the same simple fashion for generations.
Indeed, rice is the crop of life there. Nearly every inch of available land is used to cultivate it. And for the Black Hmong, according to our guide, a young Hmong woman from the area, accepting rice wine in a buffalo horn is a vital part of their courting ritual.
In Sa Pa’s mountainous environs, steep valley walls are terraced with the crop’s beautiful geometries. Small wooden huts dot the valley floor, revealing a communal life that, despite motorcycles and the occasional satellite TV, still churns at its own pace. In one such village, Ta Van, we found Huong Van Thi tending to a large steaming pot of rice.
Ms. Huong’s family has been making rice wine as far back as anyone can remember. Her neighbors claim it’s some of the best. They should know. They buy 70 liters of it a week.
Inside her wood-slatted shack, the air was thick with yeasty smoke. Ms. Huong threw long sticks into a small fire as she explained her provincial technique.
First, she boils rice in a huge metal pot, then ferments it with yeast and lets it sit for two weeks. The fermented rice is boiled again and alcohol rises from it as steam. A pan of cold water on top of the pot cools the rising steam, condensing it into a warm potent liquid ready for drinking.
Others make it faster, but Ms. Huong claims her slow fermentation “makes the wine taste and smell better, with no side effects, no headaches.”
Our first taste came straight from the pot. It was warm, smelled of flowers and went down easily. Local residents pay 10,000 dong for a liter, about 62 cents at 16,000 dong to the dollar. We gladly paid a little more.
We had gone to Sa Pa by overnight train from the capital of Hanoi, where life moves at breakneck speed.
Vietnam’s economy has almost doubled in the last 10 years, and on Hanoi’s leafy boulevards it shows. The occasional Porsche or Hummer mixes with the swarm of motor bikes. A Louis Vuitton outlet competes with its knock-off neighbors and still has customers.
So it makes sense that while tourists flood the country in search of 50-cent beers — and find them — there is an emerging class of Vietnamese seeking a more refined tipple.
“In our restaurant, a Vietnamese spends so much more money than a foreigner,” said Marcus Madeja, owner of Highway 4, a stylish chain that brews more than 20 unique Vietnamese liqueurs. “Four lads can drink four bottles of liquor while a foreigner is already looking at the card — ‘Oh, that’s $3, I’ll take the French fries for a dollar fifty.’ ”
Highway 4 is the love child of the Swiss-born Mr. Madeja and his Vietnamese wife, Thoa Vu Thi. Their Son Tinh brand of aperitifs claims to blend native rice wines with Swiss engineering. That pitch may sound like a car commercial, but the results are very good.
An apricot liqueur was pleasantly tart with a touch of sweet and a light floral scent. An herbal variety blends more than 20 roots and purports to be a recipe stolen from Emperor Minh Mang’s cellar in Hue. (Mang, a 19th-century monarch who enraged Europe by booting out Christian missionaries, mythically had a 500-woman harem and likely needed a tonic or two to sire his more than 100 children.)
Of course, few Vietnamese have the luxury of making their own love potions. For that, many still turn to traditional elixirs like snake wine or snake blood. According to lore, snake blood delivers an amphetamine-like shock to the heart and snake wine connects jumper cables to the loins. People also believe they clean the blood and soothe lower-back pain.
Snake wine can be purchased in most parts of the country. Blood is a bit harder to find. In the snake-rich Mekong Delta we got our fix of both.
Thuy Van is a dusty canteen in the small, bustling river city of My Tho, about 40 miles southwest of Ho Chi Minh City. Past rows of giant amber liquid-filled jars stuffed with cobras, scorpions and black bird heads, we found the proprietor, Nguyen Yan, tending to a giant blue tub brimming with water snakes.

Extracting snake blood.


Mr. Nguyen gave us a toothy smile and stuck his arm deep into the writhing pile of snakes. He is choosy, and he rejected a few sub-par reptiles before finally emerging with a satisfactory specimen. He casually walked to the kitchen, picked up a pair of scissors, snipped the snake’s head clean off and stretched its open neck into a plastic cup. Mr. Nguyen then handed the snake to a young woman, leaving her to finish draining its blood while he snipped fresh ginger into long, thin strips — the sole addition to the glasses of blood.
At our table, the blood was served in a small pitcher with shot glasses. Still warm and slightly thick, it tasted of brine and light smoke. My lips tasted of fire, a flame that would not extinguish for hours. My heart raced, but managed to stay in my chest. My wife wisely sat this one out.
Still reeling from the snake blood, we discovered nothing is wasted.
A steaming metal pot arrived with heaping plates of whole scallions and watercress, then smaller dishes of spicy fish sauce and fresh cut green chilies. In the pot, a fragrant rice porridge, smelling strongly of ginger and lemongrass, showed giant chunks of button mushrooms and our newly departed snake. His bones came separately, deep-fried. Locals eat them like potato chips.
To finish the meal, shots of snake wine were served. The name is a misnomer. The liquor is made from rice and has the horsepower of a whiskey. Snakes or other animals are added later to soak in the brew. It’s pure firewater, and by Vietnamese standards, it’s not cheap. A quarter liter of the good stuff goes for 70,000 dongs. For real players, a Costco-size jug of King Cobra runs 11,500,000 dongs — over $700. But considering that it has enough firepower to sire a small village, it’s not a bad deal at all.

vendredi 7 mars 2008

Bài 4: Không cản “Z30”, khó có “đổi mới”

Tháng 6-1983, hội nghị Trung ương họp, “mổ xẻ” về Z30. Bí thư Thành ủy Hải Phòng Đoàn Duy Thành có cơ hội nói lên tiếng nói tâm huyết của mình.
Đời sống người dân những năm 1980 còn nhiều khó khăn.
Trong ảnh: Một cảnh xếp hàng thời ấy.
“Độc thoại” ở hội nghị Trung ương

Bữa sáng khai mạc hội nghị Trung ương, Phó Thủ tướng Phạm Hùng điều khiển phiên họp. Bao nhiêu trăn trở, suy tư bấy lâu, nay có điều kiện lên tiếng giãi bày trước các đồng chí trong Ban Chấp hành Trung ương, ông Thành đã nói một mạch hai tiếng đồng hồ.
Ông nhớ lại: “Anh Phạm Hùng chỉ định tôi phát biểu đầu tiên. Tôi chỉ dành 15 phút đầu để nói về kế hoạch sáu tháng cuối năm. Sau đó, tôi nói rằng bây giờ tôi phải đề cập ngay đến vấn đề đang sôi nổi và bức xúc của xã hội, đặc biệt là Hải Phòng, là chuyện Z30.
Trong lúc phát biểu, tôi kể tường tận sự việc tôi được chứng kiến tại ba gia đình bị tịch thu ở Hà Nội, họ than khóc thế nào, ai oán ra sao... Sao lại làm thế được? Sao anh không chứng minh được tài sản người ta là bất minh mà vẫn vô cớ tịch thu? Sao anh không giải thích rõ ràng lý do tịch thu đó? Tôi nói thẳng rằng làm như thế là trái đạo lý, làm mất nhân tâm, cản đường xây dựng, phát triển, trái với cả tư tưởng kinh tế của Mác...”.
Nói đến đây, ông Thành trầm ngâm, nhấp một ngụm nước rồi tiếp lời: “Tôi phải nói căng như thế vì hội nghị Trung ương là cơ hội duy nhất. Nếu ở hội nghị Trung ương mà không ngăn được thì coi như muộn mất rồi, người dân sẽ phải gánh chịu một trận “bão táp” mới mà hậu quả chắc chắn là hết sức nặng nề. Tôi nói xong, anh Phạm Hùng đứng bật lên, nói: “Sáng tạo, rất sáng tạo, tôi ủng hộ anh Thành.”
Sau mấy phút giải lao của hội nghị, không khí hội trường im bặt. Tổng Bí thư Lê Duẩn đứng lên, chậm rãi nói: “Còn đồng chí nào phát biểu nữa không? Còn đồng chí nào nói đạo lý hơn đồng chí Thành nữa thì cứ phát biểu”. Sau gợi ý của Tổng Bí thư, ông Quất (Bí thư Bắc Giang), rồi đến một đồng chí ủy viên Trung ương phía Nam đứng lên nói ngắn gọn, bày tỏ sự ủng hộ đối với ý kiến của tôi”.
“Khó hiểu nhất là không có ai đứng lên bảo vệ “Z30”, thành ra ý kiến phản đối trở thành “độc thoại” một chiều” - ông Thành trầm ngâm. Rồi ông kể tiếp: “Lúc anh Ba Duẩn nói xong, tôi nghĩ bụng “Thế là ổng đã ủng hộ mình rồi!”. Tôi rỉ tai anh Nguyễn Văn Linh (nguyên Tổng Bí thư, lúc ấy là Bí thư Thành ủy TP.HCM): “Anh phát biểu đi để góp thêm tiếng nói mạnh mẽ, Nam bộ cũng phản đối “Z30” mà. Anh Linh bảo: “Ông nói thế là đủ lắm rồi!””.
Như vậy là câu chuyện về “Z30” đã kết thúc một cách không trống, không kèn. Từ đó về sau này, không ai nhắc lại nữa, không nơi nào thực hiện, cũng không ai nói thêm gì nữa.

Mục tiêu CNXH là dân phải giàu

. Theo ông, mãi đến tận lúc họp hội nghị Trung ương thì Tổng Bí thư Lê Duẩn mới biết là có Chỉ thị “Z30”?
+ Không. Tôi nghĩ là anh Ba Duẩn có được nghe báo cáo. Nhưng có thể người ta không báo cáo cặn kẽ, cụ thể với anh. Có thể lúc đó người ta báo cáo với anh Ba là làm thử, người ta nói đây là cuộc đấu tranh giai cấp, đánh vào bọn tham nhũng, buôn lậu...
. Nhưng lúc đó cũng có một số người hào hứng thực hiện “Z30” với mong muốn thiết lập một trật tự xã hội không có tư hữu về tài sản?
+ Có người cứ mở miệng ra là nói đến đấu tranh giai cấp, đến thủ tiêu tư hữu nhưng thực tế người ta không hiểu cặn kẽ những vấn đề như thế. Người ta đã hiểu sai về bản chất và phương pháp của cách mạng, đặc biệt là trong các vấn đề kinh tế.
. Những năm 1980, tư tưởng “vô sản” vẫn nặng, vậy mà ông cứ hô hào xây nhà to cửa rộng?
+ Tôi vẫn nói phi thương bất phú. Mà đó là câu của các cụ, đâu phải của riêng tôi. Lênin cũng đã từng nói là phải đổi 100 ông bôn-sê-vích không có tay nghề để lấy một người buôn bán giỏi cơ mà. Tại sao lại không đi theo đúng triết lý đó?
Tại sao anh không nghiên cứu kỹ biện chứng phát triển, không nói đến những vấn đề kinh tế Mác nói mà chỉ nói đến đấu tranh giai cấp, công hữu...? Mác đâu chỉ nói đến đấu tranh giai cấp và chuyên chính. Đó đâu phải là mục tiêu của cách mạng, đó chỉ là phương pháp cách mạng để đưa con người đến giàu có, bình đẳng thôi chứ.
Mục tiêu của Mác cũng là mục tiêu của cách mạng như chúng ta đang tuyên bố hiện nay là dân giàu, nước mạnh, xã hội công bằng, dân chủ, văn minh. Đó là không còn người bóc lột, mọi người tự giác lao động mà sống, mà làm giàu.

Ông Đoàn Duy Thành


. Theo ông, tại sao một số địa phương cũng không thực hiện “Z30” ?
+ Vì người ta thấy làm như thế là sai trái. Thực hiện “Z30” có nghĩa là cải tạo thị dân, đánh vào thành thị để mọi người cùng nghèo.
. Theo ông, câu chuyện “Z30” cách đây 25 năm so với ngày nay có ý nghĩa gì? Sai lầm đó ảnh hưởng như thế nào đến sự trưởng thành và phát triển của tầng lớp doanh nhân hiện nay ?
+ Bài học lớn nhất, trước hết theo tôi là với việc kiên quyết không thực hiện “Z30”, chúng ta đã vượt qua được một rào cản để đi đến đổi mới. Nếu chúng ta thực hiện toàn diện “Z30” vào thời điểm đó thì chẳng ai còn dám làm giàu nữa. Tôi từng hỏi các đồng chí trong Thường vụ Thành ủy Hải Phòng là các anh ở đây có ai không muốn ăn ngon, mặc đẹp không? Nếu các anh cũng muốn ăn ngon, mặc đẹp thì tại sao các anh lại không khuyến khích dân làm giàu?
Tôi cho rằng làm giàu là khát vọng. Dù có bị cấm đoán đến đâu người ta vẫn nuôi khát vọng của mình. Và khi có thời cơ người ta sẽ tranh thủ mọi điều kiện để làm giàu... Nhưng dù sao thì những ý chí ấy đã bị thủ tiêu trong cả một giai đoạn, nó cũng ít nhiều làm thui chột ý chí của doanh nhân thời đó. Nó cũng là lý do khiến cho thời hội nhập hiện nay, Việt Nam chưa có một tầng lớp doanh nhân đúng nghĩa, đủ sức ra khơi... Bài học sau cùng là câu chuyện về “Z30” luôn nhắc nhở chúng ta, nhất là những người cầm quyền, khi đụng đến quyền lợi của dân phải hết sức minh bạch, công khai, bởi mọi việc làm chúng ta là do dân, vì dân cơ mà!
. Vâng, xin cảm ơn ông.

PHAN LỢI - LÊ KIÊN (PL TPHCM)


Ngày nay, khi đi từ Hải Phòng sang Kiến An, tôi vẫn thấy buồn vì “Z30” đã làm cho con đường này mất đẹp. Nhà cửa hai bên xây dựng thời kỳ “Z30” không xứng với con đường mở rộng! Lúc ấy, vì sợ bị tịch thu nên những gia đình đang xây dựng thì dừng lại không xây hoặc thu nhỏ lại, định xây hai tầng thì rút còn một tầng thôi...